(Actualisé avec déclarations de Petro)
par Bo Erickson, Luis Jaime Acosta, Gram Slattery et Nelson Bocanegra
Le président colombien Gustavo Petro a déclaré mardi que son entretien avec son homologue américain Donald Trump s'était bien passé, démontrant ainsi que les deux hommes étaient parvenu à dépasser leurs conceptions politiques opposées.
Gustavo Petro a rencontré Donald Trump à la Maison blanche lors d'un entretien privé de près de deux heures. Bien que la Maison blanche n'ait fourni aucun détail sur la rencontre, le dirigeant colombien a laissé entendre que la rencontre avait été cordiale.
"Ce que j'ai perçu ou vu dans la presse et sur les réseaux sociaux et qui semblait contredire mes idées, je ne l'ai pas vu chez lui. Je pense que cela concernait davantage d'autres responsables que lui", a dit Gustavo Petro à lors d'une interview accordée à la station de radio colombienne Caracol.
Il a indiqué avoir demandé à Donald Trump d'aider à la capture d'importants trafiquants de drogue vivant hors de la Colombie.
Gustavo Petro a dit qu'il avait également demandé au président américain de servir de médiateur entre la Colombie et l'Equateur, pays dont le président, Daniel Noboa, est un allié de Donald Trump.
CRITIQUES MUTUELLES
Donald Trump, qui affiche sa volonté d'imposer une domination des Etats-Unis sur l'ensemble du continent américain, notamment en Amérique latine, et Gustavo Petro, ancien guérillero anti-impérialiste devenu président en 2022, entretenaient depuis plusieurs mois une relation à distance houleuse, faite d'invectives réciproques et de tentatives de rapprochement.
Le président américain a qualifié en octobre son homologue colombien de "chef clandestin de trafic de drogue", sans fournir la moindre preuve à l'appui de son accusation, puis il a évoqué en janvier la possibilité d'une intervention militaire en Colombie, pourtant alliée de longue date des Etats-Unis mais qu'il accuse de ne pas lutter efficacement contre le narcotrafic.
Donald Trump a déclaré lundi aux journalistes que Gustavo Petro avait changé de ton dernièrement, laissant entendre qu'il se montrait plus conciliant à la suite de la capture de Nicolas Maduro.
Si les deux hommes partagent quelques points communs, il s'agit avant tout de leur caractère imprévisible, de leur langage souvent elliptique et de leur propension à changer rapidement d'avis. Une source colombienne a reconnu que leur rencontre pourrait être "tendue" étant donné leurs personnalités.
"ENJEUX ÉLEVÉS"
Lors de la rencontre entre les deux chefs d'Etat, qui a commencé peu après 11h00 (16h00 GMT), les responsables colombiens prévoient de présenter en détail les résultats obtenus dans la lutte contre le trafic de drogue, notamment des chiffres sur les saisies de cocaïne, ont dit trois sources informées.
Will Freeman, chercheur associé sur l'Amérique latine au Council on Foreign Relations, pense que la rencontre peut bien se passer si Gustavo Petro se contente d'évoquer le combat contre le narcotrafic et ne dévie pas sur des questions plus larges d'approches philosophiques du monde.
"Mais tout ce que nous savons sur les personnalités des deux présidents indique que cela ne se passera pas comme ça", prédit-il.
Un échec dans cette tentative de rapprochement entre les deux dirigeants pourrait avoir d'importantes conséquences régionales, craignent des analystes.
La Colombie est le premier producteur au monde de coca, l'élément de base de la cocaïne, et compte sur son territoire plusieurs organisations qualifiées de terroristes par les Etats-Unis. Elle est aussi depuis longtemps l'un des plus fidèles alliés de Washington dans la région et collabore étroitement avec les administrations américaines successives pour tarir les flux de drogue vers l'Amérique du Nord.
Depuis l'arrivée de Gustavo Petro au pouvoir, la production de coca a augmenté même si les chiffres exacts sont sujet de controverse. Bogota affirme que, si les autorités mettent désormais moins l'accent sur l'éradication forcée des cultures, qui prive les paysans de moyens de subsistance, elles ont renforcé les contrôles et les saisies et mis en place des interdictions plus élaborées.
Gustavo Petro a exhorté la semaine dernière les émigrés colombiens au Chili, en Argentine et aux Etats-Unis à revenir dans leur pays afin de ne pas vivre comme des "esclaves". Il a aussi déclaré qu'il valait mieux vivre à La Havane qu'à Miami, qu'il a présentée comme une ville congestionnée et dépourvue de culture.
(Bo Erickson et Gram Slattery à Washington et Luis Jaime Acosta et Nelson Bocanegra à Bogota, avec Simon Lewis à Washington, rédigé par Gram Slattery, version française Bertrand Boucey, édité par Kate Entringer et Camille Raynaud)

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